Voilà qui est fait : la démons­tra­tion scien­ti­fi­que de l’inven­tion de l’orgasme vagi­nal !

Tou­tes les fem­mes sont cli­to­ri­dien­nes comme tous les hom­mes sont péniens. En matière de plai­sir sexuel, le cli­to­ris est l’équi­va­lent du pénis. C’est lui, et non pas le vagin ni même le cer­veau, qui est le res­pon­sa­ble de l’orgasme, même pen­dant une péné­tra­tion vagi­nale. Le Dr Odile Buis­son, gyné­co­lo­gue fran­çaise, en met­tant à dis­po­si­tion les tech­ni­ques moder­nes d’inves­ti­ga­tion pour étu­dier ce cli­to­ris si mal connu, a scanné un coït, autre­ment dit en France, le rap­port sexuel entre un homme et une femme. Les ima­ges mon­trent le fonc­tion­ne­ment de la réponse sexuelle humaine fémi­nine, balayant sérieu­se­ment les croyan­ces désas­treu­ses et regret­ta­bles d’un graal vagi­nal à attein­dre pour deve­nir une vraie femme : ce n’est pas le vagin mais le cli­to­ris qui agit pour la trans­mis­sion de tou­tes les infor­ma­tions plai­san­tes pen­dant cet acte-là. Rap­pe­lons que mal­heu­reu­se­ment, ce n’est qu’en 1998 qu’appa­raît la pre­mière des­crip­tion cor­recte du cli­to­ris, grâce au Dr. Helen O’Con­nell, uro­lo­gue à Mel­bourne, qui était stu­pé­faite dès le début de son cur­sus uni­ver­si­taire de ne pas trou­ver d’étu­des équi­va­len­tes à cel­les sur le pénis. Le retard est en effet énorme en matière de recher­che scien­ti­fi­que sur le cli­to­ris par rap­port à son homo­lo­gue mas­cu­lin !

Entre un homme et une femme, aimer faire l’amour et avoir envie de recom­men­cer est une his­toire entre un pénis et un cli­to­ris et la recher­che du point G n’est que super­che­rie. C’est le cli­to­ris dans sa par­tie interne qui déclen­che l’orgasme, qu’il y ait péné­tra­tion ou pas !

Quand on est une femme, si l’on sou­haite espé­rer avoir une vie sexuelle épa­nouie, aspi­rer à son auto­no­mie pour notam­ment dimi­nuer les pres­sions à l’inté­rieur du cou­ple (déses­poir  « j’ai plus envie» ou accu­sa­tion « res­sai­sis toi, tu ne me fais plus jouir mon amour! »), il est plus qu’urgent d’oser s’inté­res­ser à son cli­to­ris. Dans un cou­ple hété­ro­sexuel, l’idée que faire l’amour ET en avoir tous deux du plai­sir serait natu­rel, est un point de vue défi­ni­ti­ve­ment rétro­grade. Il faut être deux ET volon­tai­res pour y par­ve­nir à cha­que fois ! Le natu­rel devrait être une atti­tude posi­tive et soli­daire envers l’espèce humaine. La com­mu­ni­ca­tion entre les êtres est essen­tielle et la base de toute rela­tion, incluant les notions fon­da­men­ta­les de res­pect et con­fiance. L’acte de péné­tra­tion amou­reuse doit être com­pris le plus inti­me­ment pos­si­ble et pour en jouir à deux, il est indis­pen­sa­ble de pren­dre en con­si­dé­ra­tion les corps et leur fonc­tion­ne­ment. Les sen­ti­ments ne suf­fi­sent pas. L’émo­tion n’est pas seu­le­ment céré­brale, elle reprend les sou­ve­nirs du vécu cor­po­rel quel­que­fois incons­cient ou mal inter­prété. Une femme qui se pré­tend « vagi­nale » n’a pas cher­ché, ou n’a pas trouvé com­ment avoir du plai­sir autre­ment qu’avec une péné­tra­tion… Lui a-t-on laissé le temps ? L’a-t-on auto­risé à le faire ? Lui a-t-on donné les expli­ca­tions sai­nes et sans tabou ?

Ces mêmes sen­ti­ments qui hono­rent le « don de soi » à l’autre sont loua­bles mais ne doi­vent pas faire oublier la méca­ni­que cor­po­relle, phy­sio­lo­gi­que, que la science doit pou­voir étu­dier sans gêne. Per­sonne ne doit met­tre de honte à vou­loir com­pren­dre un corps, le sien ou celui de l’être aimé. Les étu­des sur ce fonc­tion­ne­ment cli­to­ri­dien n’en sont qu’à leur bal­bu­tie­ment et les fem­mes ne peu­vent qu’être encou­ra­gées à s’y inté­res­ser. « Faire l’amour » s’apprend. Deux sexes dif­fé­rents, deux corps dif­fé­rents, donc deux fonc­tion­ne­ments dif­fé­rents dont un si  peu étu­dié et pour­tant étouffé, caché, tu, ignoré par tant de socié­tés !

La con­tra­cep­tion sème le trou­ble, puisqu’elle change la donne au niveau hor­mo­nal. La péné­tra­tion d’une verge dans un vagin est avant tout une pul­sion ani­male qu’il faut domp­ter pour ne pas se lais­ser avoir par les sen­sa­tions trom­peu­ses des corps. Autant pour un homme péné­trant, le frot­te­ment de sa verge dans ce four­reau vagi­nal est « aussi » méca­ni­que­ment exci­tant et lui entraîne aisé­ment un orgasme, autant pour une femme péné­trée, la méca­ni­que n’est exci­tante que lors­que l’appren­tis­sage est bien fait. Il s’agit bien d’appren­dre à aimer faire l’amour, d’appren­dre à en avoir envie.

Quel sens don­ner à la péné­tra­tion ? voilà la vraie ques­tion.

« Je ne cou­che jamais avant le pre­mier orgasme », devrait être le credo de toute per­sonne avant d’aller plus en avant d’une aven­ture amou­reuse. Le nom­bre d’IVG chez les jeu­nes filles est impres­sion­nant en France. Ce ne peut être un plai­sir d’en arri­ver à de tel­les extré­mi­tés, mais était-ce vrai­ment un plai­sir d’être péné­trées, même si c’étaient elles qui avaient demandé ? Quel était le sens de cette péné­tra­tion-là ? Pour-quoi-faire ? Avaient-elles ne serait-ce qu’une idée de ce qui les ferait jouir ? N’en atten­daient-elles pas le plai­sir dont on leur avait vanté l’exis­tence, à tord ? Sans par­ler de la croyance des gar­çons sin­cè­res (il y en a) de réus­sir à  faire décou­vrir aux filles « le » plai­sir vagi­nal ? Ou pire, de ce qu’il « faut » faire ?

L’appren­tis­sage de son corps, de ses réac­tions, est une atti­tude pré­ven­tive à pro­mou­voir pour don­ner du sens aux actes amou­reux et ne plus faire n’importe quoi. Que l’on soit fille ou gar­çon, décou­vrir le fonc­tion­ne­ment de son cli­to­ris ou de son pénis doit être une étape de plus dans son par­cours de santé, d’équi­li­bre sans y met­tre de con­no­ta­tion mal­saine, vul­gaire, per­verse ou por­no­gra­phi­que. La notion de pudeur ou d’inti­mité à ne pas par­ler de « ça » n’est plus de mise dans notre société vir­tuelle où fleu­ris­sent les mau­vai­ses répon­ses don­nées par des entre­pri­ses où l’humain cher­che sa place. Les parents, les ensei­gnants, les adul­tes doi­vent pren­dre leur res­pon­sa­bi­lité d’aider les enfants à faire le tri des infor­ma­tions en abor­dant tous les sujets de manière calme et sans juge­ment.

Con­clu­sion : la péné­tra­tion amou­reuse est une belle aven­ture quand elle est réus­sie… Mais pour avoir envie de recom­men­cer, ou ne pas en avoir peur, il faut déve­lop­per le dia­lo­gue, et sur­tout déve­lop­per… le cli­to­ris. Alors osez en par­ler, vous infor­mer, appren­dre, en rire, ache­ter des acces­soi­res, des livres, des jouets, tout ce qui vous passe par la tête pour mieux le con­naî­tre !


©Manon Bes­taux, sexo­lo­gue, pour Secrète Arlette