calin et tendresse, chronique sexo spécail cocooningOcto­­bre, il com­­mence à faire froid, il pleut même… Le réveil sonne. Une envie irré­­sis­­ti­­ble de câlins, de ten­­dresse plus que de sexe… Me rap­­pro­­cher de ce grand corps tout chaud pour m’y blot­­tir, fer­­mer les yeux et trou­­ver l’éner­­gie pour sor­­tir de ce lit douillet… juste quel­­ques minu­­tes à pen­­ser que c’est bien lui l’homme de ma vie, que les vacan­­ces avec lui c’était génial et que d’autres sou­­ve­­nirs vien­­dront rem­­plir notre belle his­­toire… un temps pré­­cieux pour se don­­ner du cou­­rage, de la joie afin que la jour­­née démarre un sou­­rire aux lèvres, mal­­gré le rythme d’enfer de la femme moderne aujourd’hui.

Sauf que voilà, bien sou­­vent cette femme se retient, se prive de ces ges­­tes d’amour dont elle a envie et peut-être même besoin, car elle craint le Grand Méchant Loup ! Dans sa tête tourne en bou­­cle la même ritour­­nelle : “Si je me rap­­pro­­che, il va me sau­­ter des­­sus… il ne fera pas ça comme un gou­­jat je le sais… je ne vais pas oser dire non car c’est vrai qu’il est gen­­til… après tout, c’est lui que j’aime… je peux bien lui faire plai­­sir… MAIS je vais être en retard à cause d’un petit plan cul… A vrai dire, ce matin je n’ai envie que du con­­tact de sa peau sur la mienne…”

Il serait temps de s’affir­­mer non ? D’exis­­ter en tant qu’adulte res­­pon­­sa­­ble de ses choix ! C’est la seule manière de déve­­lop­­per une sexua­­lité épa­­nouie sans ris­­quer un jour d’en vou­­loir à l’autre de ces actes accep­­tés “pour faire plai­­sir”. Il faut déci­­der de SA vie, de ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas. Cer­­tes, inu­­tile de faire de la peine. C’est être authen­­ti­­que que de lui refu­­ser son plan facile. En clair, ne pas se men­­tir à soi-même. Il faut oser par­­ler. Même si c’est bien le Prince Char­­mant qui est dans le lit, il est capa­­ble d’enten­­dre que son érec­­tion mati­­nale n’inté­­resse pas tou­­jours cette Belle au Bois Dor­­mant qui par­­tage sa cou­­che.

Essayons de pren­­dre le point de vue du héros et émet­­tons plu­­sieurs hypo­­thè­­ses qui peu­­vent se cumu­­ler : Il se réveille dou­­ce­­ment en lais­­sant son corps réa­­gir à la cha­­leur d’un autre corps… Il décide de cla­­mer sa “bonne humeur” mati­­nale en cons­­ta­­tant la bonne mar­­che de ses orga­­nes… Il veut à tout prix en faire pro­­fi­­ter son entou­­rage… Il ne com­­prend pas qu’on lui refuse un accès habi­­tuel­­le­­ment auto­­risé… Tout cela est par­­fai­­te­­ment nor­­mal, c’est un peu comme un petit gar­­çon endormi qui dirait en ouvrant les yeux avec un large sou­­rire : regarde, ça mar­­che, mon zizi est en pleine forme tu ne trou­­ves pas ? Il sera tout sim­­ple­­ment mal­­heu­­reux si on lui répond qu’il ne pense qu’à çà, alors qu’il ne pense à rien, il se réveille.

Le dia­­lo­­gue adulte devrait plu­­tôt décli­­ner une série de ques­­tions à deux : Que faire de cette érec­­tion-là ? Quel sens lui don­­ner ? Faut-il à tout prix s’en ser­­vir ? Et pour quoi faire ? Le pau­­vre gar­­çon, il n’est pas obsédé sexuel, il n’a pas obli­­ga­­toi­­re­­ment volonté cons­­ciente de sexua­­lité, avec ou sans sen­­ti­­ments d’ailleurs. Cette érec­­tion n’est que l’expres­­sion de sa con­­di­­tion mas­­cu­­line, c’est ainsi. L’ani­­mal humain mâle est né pour fécon­­der. Et encore aujourd’hui, la façon la plus natu­­relle et donc natu­­rel­­le­­ment ancrée dans ses gênes de trans­­met­­teur, est le coït fécon­­dant = une verge dans un vagin. Cette érec­­tion n’est qu’un rap­­pel régu­­lier du tra­­vail qui lui est demandé pour la sur­­vie de l’espèce !

C’est à la femme de lui dire qu’on n’est plus dans la jun­­gle ni au fin fond de la forêt, qu’elle ne se nomme pas Jane ni lui Tar­­zan, qu’ils ont tous deux quel­­ques siè­­cles de socia­­li­­sa­­tion et quel­­ques obli­­ga­­tions mati­­na­­les, jour­­na­­liè­­res pour… sur­­vi­­vre! Vivre d’amour et d’eau fraî­­che ne dure qu’un temps. Même si les enfants (s’il y en a) sont à gérer à deux puisqu’à priori il faut espé­­rer que les avoir rele­­vait d’une déci­­sion com­­mune, cha­­cun des deux sexes a le droit de déci­­der de l’uti­­li­­sa­­tion de ses orga­­nes dédiés (entre autres) à la repro­­duc­­tion.

Évi­dem­ment, le cou­­ple doit con­­naî­­tre les corps, avoir fait la dif­­fé­­rence entre cli­­to­­ris et vagin, réa­­li­­ser qu’il n’y a nulle obli­­ga­­tion de péné­­tra­­tion pour avoir du plai­­sir et obte­­nir un orgasme. Il est cer­­tain que si l’homme a tou­­jours cru (c’est tel­­le­­ment facile pour une femme de faire “ah ah” pour le ras­­su­­rer!) qu’il était le seul res­­pon­­sa­­ble de la jouis­­sance fémi­­nine, il ne pourra pas com­­pren­­dre ce refus du matin. Osons lui dire : “Non, ta péné­­tra­­tion n’est pas obli­­ga­­toi­­re­­ment pas­­sion­­nante si je n’y mets pas du mien”. Cette affir­­ma­­tion ris­­que d’être con­­si­­dé­­rée comme une insulte à la viri­­lité, un man­­que de désir, une baisse de libido alors qu’il ne s’agit que d’une petite flemme pas­­sa­­gère : “je suis dans un trip Bisou­­nours, pas dans un trip… d’être péné­­trée!”

La norme de la société du « faire l’amour » est encore pré­­li­­mi­­nai­­res/péné­­tra­­tion… C’est qu’il faut être deux à vou­­loir qu’une péné­­tra­­tion se ter­­mine par deux orgas­­mes. Ce n’est pas si sim­­ple de se lais­­ser “ren­­trer” dans son inti­­mité quand on n’est pas dans un état d’exci­­ta­­tion sexuelle. Les “pré­­li­­mi­­nai­­res” sont bien nom­­més, ils sont pré­­li­­mi­­nai­­res “à” une péné­­tra­­tion. La per­­mis­­sion doit être don­­née avant d’entrer et peut être refu­­sée sans honte ou gêne. Les hom­­mes ayant une sexua­­lité avec d’autres hom­­mes ont com­­pris depuis long­­temps cette notion du res­­pect de l’autre. Il ne faut pas avoir peur d’un sexe en érec­­tion, comme il ne faut pas l’impo­­ser non plus. C’est ainsi. Voilà l’engin est là, prêt à “fonc­­tion­­ner”.

Qu’en fait-on ? C’est là où le jeu amou­­reux, l’humour, la con­­fiance, une bonne con­­nais­­sance des corps et un dia­­lo­­gue sain per­­met­­tent de vivre en har­­mo­­nie ces moments d’exci­­ta­­tion géni­­tale. La com­­mu­­nion d’esprit, la com­­pli­­cité amou­­reuse, l’accom­­pa­­gne­­ment vers le plai­­sir doi­­vent décul­­pa­­bi­­li­­ser ce sexe en érec­­tion du matin. Deux solu­­tions : le refus – pour­­quoi pas si la réflexion a été faite ensem­­ble sur les con­­sé­­quen­­ces de cette frus­­tra­­tion, ou l’accep­­ta­­tion. Dans ce cas, quelle déci­­sion pren­­dre pour ce petit bout d’homme qui sem­­ble vou­­loir s’expri­­mer ? Qui s’en occupe ? Quel scé­­na­­rio met­­tre en place ? Qui joue quel rôle ?

Pour ne pas avoir peur d’endos­­ser la cape du Petit Cha­­pe­­ron Rouge, il suf­­fit de pré­­voir… Ce scé­­na­­rio “érec­­tion mati­­nale” a des chan­­ces de se repro­­duire (heu­­reu­­se­­ment d’ailleurs!), autant réflé­­chir avant aux diver­­ses pos­­si­­bi­­li­­tés de mise en scène : Je n’ai pas envie de tou­­cher son sexe ce matin ? Je n’ai qu’à lui deman­­der de se mas­­tur­­ber pen­­dant que je l’entoure de mon corps comme deux peti­­tes cuillè­­res qui s’emboî­­tent, en lui susur­­rant des mots un peu chauds. Le bon­­heur sera au ren­­dez-vous et la jour­­née sera radieuse pour les deux amou­­reux !

Non cet homme ne sera pas frus­­tré s’il ne “ren­­tre” pas. Il sera frus­­tré si on lui ment, s’il n’est pas com­­pris, s’il n’a pas le droit lui aussi à son plai­­sir, à son éja­­cu­­la­­tion, quelle soit externe ou interne. Mal­­heu­­reu­­se­­ment la por­­no­­gra­­phie a con­­noté “vul­­gaire” tout acte hors norme comme l’éja­­cu­­la­­tion externe, à l’écran sou­­vent faciale et déva­­lo­­ri­­sante pour la femme. Pour­­tant, choi­­sir ensem­­ble un endroit sur son corps où viser le len­­de­­main matin sous peine de repré­­sailles… au cas où… ne peut que met­­tre en joie tout esprit resté jeune !

 

©Manon Bes­­taux, Sexo­­lo­­gue, pour Secrète Arlette.