Sqvoir dire nom« Dans la vie quo­­ti­­dienne, j’ai quel­­que­­fois la désa­­gréa­­ble impres­­sion d’avoir un enfant de plus ! Il pour­­rait faire un effort je dois tou­­jours tout lui dire ! Et j’ai vrai­­ment l’impres­­sion qu’il ne com­­prend pas ce que je dis alors que je lui ai déjà répété mille fois… c’est comme si de rien n’était ! »

Ce sont les pro­­pos de la majo­­rité des fem­­mes qui vien­­nent me con­­sul­­ter pour une baisse de libido. Ce même par­­te­­naire qu’elle con­­si­­dère comme un petit gar­­çon a tou­­jours envie… alors qu’elle a autre chose à faire que de se sou­­cier de la sexua­­lité, préoc­­cu­­pée avec les enfants, le ménage, les cour­­ses, voire même son tra­­vail en plus ! Bien sou­­vent, elle n’aime plus son corps, s’inter­­roge sur les sen­­ti­­ments de l’autre, a des dou­­tes…

Ce qu’elle ne com­­prend pas, c’est qu’«il » a tou­­jours envie parce qu’ « il » croit que « faire l’amour » réus­­sit au cou­­ple, voilà tout. Il n’est pas néces­­sai­­re­­ment égoïste… Pour­­quoi arrê­­ter un fonc­­tion­­ne­­ment qui sem­­ble plaire à tout le monde ? Ill faut admet­­tre en effet : quand « ça » se passe bien, quand les deux par­­te­­nai­­res jouis­­sent, toute la mai­­son­­née ne peut que se réjouir d’avoir des parents qui s’aiment. Le cou­­ple intime heu­­reux déteint sur le cou­­ple paren­­tal, voire même sur le cou­­ple social.

Nous som­­mes encore dans une société où la norme est hété­­ro­­sexuelle, avec un rituel quasi imposé pré­­li­­mi­­nai­­res puis péné­­tra­­tion. C’est ainsi qu’on doit « faire l’amour » en France. Tant que la con­­clu­­sion de l’épi­­sode sexuel sera « péné­­tra­­tion de la verge dans un ori­­fice + éja­­cu­­la­­tion interne », l’homme aura envie de recom­­men­­cer cet acte-là. Ce n’est pas « nor­­mal », c’est sim­­ple­­ment « natu­­rel » ! Le cou­­ple décide de res­­ter dans l’ani­­ma­­lité, voilà tout. Pour­­quoi pas mais cela a pour con­­sé­­quence iné­­vi­­ta­­ble du côté de l’homme, une dépen­­dance, en quel­­que sorte une addic­­tion à cet acte-là pour jouir, et du côté de la femme l’obli­­ga­­tion d’offrir un de ses ori­­fi­­ces pour ame­­ner l’homme à son orgasme mas­­cu­­lin… Com­­bien de fois fau­­dra-t-il rap­­pe­­ler que l’acte de péné­­tra­­tion n’a pas la même valeur pour les deux sexes ?

Retour­­nons la situa­­tion : ima­­gi­­nons qu’à la fin d’un épi­­sode sexuel lors d’une péné­­tra­­tion avec son Prince Char­­mant, sans les mains, sans acces­­soi­­res, et sans réflé­­chir, d’une manière sys­­té­­ma­­ti­­que et plu­­tôt agréa­­ble, la cap­­tive aux yeux clairs se retrouve en situa­­tion de déclen­­che­­ment de son pro­­pre réflexe orgasme ? Tilt, bingo, jack­­pot à tous les coups ! Anti­­dé­­pres­­seur assuré, coupe-faim, gros dodo en pers­­pec­­tive, bonne humeur au réveil !

Notre héroïne n’aurait qu’une envie, c’est de recom­­men­­cer… « Dis, est-ce que tu veux bien recom­­men­­cer ? Oh oui, dis-moi oui ! » Ne serait-elle pas alors comme une petite fille insup­­por­­ta­­ble qui veut à tout prix que l’on s’occupe d’elle ? Qu’on lui fasse un câlin alors qu’on a autre chose à faire, et qu’en plus on aime­­rait bien que ce soit de temps en temps l’autre qui fasse « les câlins » non ? L’homme n’aurait-il pas l’impres­­sion d’être un peu har­­celé par cette per­­sonne qui veut à tout prix le détour­­ner de ses affai­­res… le bri­­co­­lage, la vais­­selle, la cui­­sine, les (autres ?) enfants… pour n’être qu’à sa dis­­po­­si­­tion, enfin à dis­­po­­si­­tion du plai­­sir que cette petite per­­sonne croi­­rait par­­tagé, en toute bonne foi tant qu’on ne lui pro­­pose rien d’autre. (L’expé­­rience lui a appris que « lors­­que les deux par­­te­­nai­­res jouis­­sent, toute la mai­­son­­née bla­­bla­­bla… »). Par rap­­port à lui, elle serait insou­­ciante, heu­­reuse, enjouée puis­­que rem­­plie de tou­­tes les bon­­nes sub­s­tan­­ces que lui pro­­cu­­rent ses orgas­­mes régu­­liers.

Cer­­tes, dans notre société soi-disant libé­­rée, de nom­­breu­­ses fem­­mes en jouent… du côté « lolita »… pour faire céder l’autre à tous ses capri­­ces. S’il s’agit d’un jeu entre adul­­tes con­­sen­­tants, pour­­quoi pas ? Mais sont-elles vrai­­ment indé­­pen­­dan­­tes, et est-ce vrai­­ment un jeu ? Ceci est un autre débat.

Alors com­­ment faire pour que vous n’ayez pas l’impres­­sion qu’il vous con­­si­­dère comme sa mère ? La solu­­tion est de faire gran­­dir le cou­­ple « intime », c’est-à-dire le ver­­sant sexe/plai­­sir et non pas sexe/pro­­créa­­tion. Ce qui impli­­que que les deux ont un rôle à jouer. En favo­­ri­­sant la con­­clu­­sion clas­­si­­que d’un épi­­sode sexuel par péné­­tra­­tion de la verge + éja­­cu­­la­­tion interne, de toute façon, l’homme se retrouve dans une posi­­tion ani­­male, ins­­tinc­­tive, réflexe, et même avec la meilleure volonté du monde, le plus grand des roman­­ti­­ques devra se ren­­dre à l’évi­­dence : son corps imprime dans son cer­­veau que « pour » arri­­ver au plai­­sir, il « faut » pro­­cé­­der ainsi. Il n’y a pas à le juger ou à lui repro­­cher quoi­­que ce soit. Il ren­­tre rare­­ment con­­traint et forcé. Il faut espé­­rer qu’aujourd’hui il demande l’auto­­ri­­sa­­tion. C’est une déci­­sion col­­lec­­tive, l’accès est pos­­si­­ble, pro­­posé, sol­­li­­cité, accepté ou refusé.

Deux humains sont dans cette affaire. Ce dis­­cours est une valo­­ri­­sa­­tion des sen­­ti­­ments, du cœur et de ses émo­­tions, du res­­pect et de la con­­fiance. Il est vala­­ble pour toute orien­­ta­­tion sexuelle, puis­­que hors de la pro­­créa­­tion. Nous som­­mes dans le domaine du plai­­sir par­­tagé, réel­­le­­ment, pas celui d’actes obli­­ga­­toi­­res, héri­­tage d’un devoir con­­ju­­gal qui n’a plus lieu d’exis­­ter.

Il s’agit par con­­tre d’appren­­tis­­sage, et comme dans toute édu­­ca­­tion, cha­­que par­­te­­naire doit aider l’autre à avan­­cer dans la com­­pré­­hen­­sion des corps. Pour arri­­ver à l’équi­­li­­bre sou­­haité et dépas­­ser cette impres­­sion de se lais­­ser por­­ter qui peut être agréa­­ble, il faut appren­­dre à dire non, c’est le B.A.Ba du che­­min de l’indé­­pen­­dance, de la liberté per­­son­­nelle. Le jeu amou­­reux auto­­rise les jeux de rôles, tan­­tôt élève, tan­­tôt pro­­fes­­seur, pour décou­­vrir, explo­­rer, avan­­cer, com­­pren­­dre… c’est le cou­­ple qui décide. Ce sont bien deux per­­son­­nes qui choi­­sis­­sent de se ser­­vir de leurs corps, de les appren­­dre, de les mélan­­ger ou pas, pour cher­­cher à par­­ta­­ger une ou plu­­sieurs émo­­tions.

Si la femme ne trouve rien d’autre à pro­­po­­ser qu’une péné­­tra­­tion, si elle ne veut pas réflé­­chir à une alter­­na­­tive, si en plus elle se croit vagi­­nale ou si la pra­­ti­­que est impo­­sée, elle ris­­que de con­­clure qu’accep­­ter cet acte-là est plus sim­­ple que d’oser… le cli­­to­­ris par exem­­ple ! Le der­­nier clip à la mode « osez le clito » mon­­tre quand même un cer­­tain nom­­bre de jeu­­nes, filles et gar­­çons, qui n’ont pas la moin­­dre idée ni de la forme, ni de la fonc­­tion, ni de l’inté­­rêt de ce petit organe essen­­tiel au plai­­sir fémi­­nin. Il serait temps de s’en préoc­­cu­­per et oser déve­­lop­­per sa sen­­sua­­lité. Nous som­­mes en 2011, la femme a tout le néces­­saire pour le faire… ou le faire faire par son par­­te­­naire (atten­­tion à la dépen­­dance). A nou­­veau c’est une ques­­tion de choix !

Avant de dire « je ne suis pas sa mère ! », il faut se deman­­der quel rôle on veut jouer dans son cou­­ple, et sur­­tout dans quel domaine : le cou­­ple paren­­tal, le cou­­ple intime ou le cou­­ple social ? Les vacan­­ces appro­­chent, tout le monde a bien tra­­vaillé, la femme (mère ?) pour­­rait peut-être en pro­­fi­­ter pour « lâcher » un peu ses enfants, et s’occu­­per de l’appren­­tis­­sage du plus grand ?

Pour con­­clure, le pro­­verbe du mois : On ne sait si juillet est bon, qu’après faite la mois­­son. Il faut tou­­jours faire des efforts, à deux, pour se com­­pren­­dre… mais il est indis­­pen­­sa­­ble de par­­ler de ce que font les corps, met­­tre des mots sur les actes, dia­­lo­­guer entre par­­te­­nai­­res, faire le débrie­­fing, le brain stor­­ming,… Faire l’amour c’est lais­­ser par­­ler deux corps, mais un cou­­ple amou­­reux ne se résume pas ainsi. Le pro­­pre de l’humain est son cer­­veau, qu’il décide d’ouvrir – ou pas – à l’autre. Ne serait-ce pas une meilleure défi­­ni­­tion du « faire l’amour » ?
 

© Manon Bes­­taux pour Secrète Arlette