Il fait chaud, l’été se rap­pro­che, vous avez peur de « sen­tir ». Oui mais sen­tir quoi ? Votre peau ? Votre sueur ? Vos sécré­tions cor­po­rel­les qui ne sont que des expres­sions de votre état émo­tion­nel ou hor­mo­nal ? Vous n’osez pas vous lais­ser tou­cher, vous lais­ser cares­ser de peur d’avoir la honte d’un regard ou d’une remar­que… que votre corps vous « tra­hisse » ?  Vous redou­tez même que l’envie vous prenne, car vous ris­quez de vous blo­quer…

Arrê­tez de cul­pa­bi­li­ser, dénon­cez d’abord la société où tout est asep­tisé, neu­tra­lisé, et toute odeur réfé­ren­cée, éti­que­tée bonne ou mau­vaise, sale ou vul­gaire… Sans oublier l’objet sym­bo­li­que, défini comme indis­pen­sa­ble, jeta­ble, pour­tant pas vrai­ment écolo comme le veut l’épo­que, et qui ter­ro­rise aujourd’hui l’essence même des corps fémi­nins : le pro­tège-slip. Aucun fluide, aucune odeur ne doit sor­tir de cet endroit-là. C’est sale, c’est pas bien, c’est inter­dit et rejeté… Pas éton­nant de cons­ta­ter l’aug­men­ta­tion du tra­fic exis­tant depuis long­temps des peti­tes culot­tes déjà por­tées ! Tout ce qui est défendu est atti­rant, tout ce qui est rare prend de la valeur…

Cette néga­tion de soi-même ne me sem­ble pas vrai­ment une bonne idée.

Aux fem­mes de choi­sir : nier ou pas le corps et ses expres­sions. Pour être réel­le­ment auto­nome, il est plus malin de l’écou­ter et d’essayer de com­pren­dre son lan­gage. Déci­der de ne pas le voir est cepen­dant une atti­tude con­forme à la société moderne où tout est vir­tuel, c’est-à-dire en image, sans goût ni odeur, et sou­vent en musi­que donc sans bruit réel ni mots réflé­chis, sur­tout en ce qui con­cerne les rap­ports amou­reux. Tout est mer­veilleux…comme par enchan­te­ment !

Qu’il soit pra­ti­que d’uti­li­ser une pro­tec­tion lorsqu’on craint un début de règles, une suite de cou­ches pas encore tout à fait domp­tée (pen­ser à uti­li­ser les bou­les de gei­shas pour remus­cler le péri­née), ou les con­sé­quen­ces quel­que­fois gênan­tes d’un trai­te­ment par ovule, pour­quoi pas… Rap­pe­lons que de nom­breu­ses cys­ti­tes ont pour ori­gine des lava­ges intem­pes­tifs après le rap­port sexuel, et bien sou­vent avant « au cas où », alors qu’un mini­mum d’hygiène cor­po­relle avec des pro­duits adap­tés est con­seillé mais lar­ge­ment suf­fi­sant…

Qu’il soit plai­sant de choi­sir pour la toi­lette des pro­duits par­fu­més acti­vant des sou­ve­nirs sen­so­riels heu­reux, il serait dom­mage de ne pas en pro­fi­ter…

Mais atten­tion ! Cette peur des odeurs peut se trans­for­mer en dégoût de soi-même. D’où une baisse sérieuse de libido puis­que le désir ne peut plus éclore, puis­que la honte ris­que d’être au ren­dez-vous. Bien sûr l’amour, ou l’exci­ta­tion neu­tra­lise le dégoût. Encore faut-il avoir la récom­pense espé­rée. Il ne faut pas oublier qu’une femme qui n’a pas ou plus envie de faire l’amour, n’a tout sim­ple­ment pas son comp­tant de plai­sir. Elle n’en a pas eu assez. Sinon elle aurait envie de recom­men­cer… Rien n’est plus déli­cieux que l’état post-orgas­mi­que : la vie devient rose, tout prend une teinte de prin­temps et le prince char­mant n’a qu’à bien se tenir !

L’acte accepté « pour faire plai­sir » sera par con­tre lourd de con­sé­quen­ces, car l’uti­li­sa­tion de cet acte-là dans cet endroit-là doit être aussi dans son pro­gramme de plai­sir à elle. Il ne faut pas se ser­vir, et encore moins lais­ser à quelqu’un d’autre se ser­vir d’un endroit qui ne le mérite pas puis­que de sur­croit on le trouve dégou­tant…

La solu­tion n’est pas si sim­ple… dans ce monde de per­for­mance où pren­dre du temps pour soi devient un exploit. Car il faut quel­que­fois un appren­tis­sage pour aimer son corps, s’y inté­res­ser, le soi­gner, le cocoo­ner. Pro­fi­ter du moder­nisme par ses bons côtés : la qua­lité des crè­mes ou d’hui­les pour pré­pa­rer son corps à l’amour ; s’auto­ri­ser des mas­sa­ges pour se décon­trac­ter, pren­dre le temps de l’appro­che, de la mon­tée du désir et ne pas crain­dre le juge­ment de l’autre que l’on emmène dans le che­min du plai­sir par­tagé. La mas­tur­ba­tion peut être néces­saire quand le plai­sir n’est pas com­plet. La sen­sa­tion agréa­ble du bal­let des corps ne suf­fit pas tou­jours si le corps n’atteint pas l’orgasme. Pas de juge­ment du par­te­naire qui se mas­turbe au milieu d’un épi­sode éro­ti­que, pas d’inquié­tude c’est bien sou­vent une volonté de res­ter dans le plai­sir et de par­ta­ger ce moment déli­cieux qui remet corps et esprit en accord. Le désir peut être là mais la mala­dresse, la mécon­nais­sance de l’autre, les évè­ne­ments per­son­nels peu­vent faire inter­fé­rence. « L’autre » ne peut pas tout savoir, tout com­pren­dre sur­tout si on n’y met pas des mots, ou s’ils sont mal com­pris. Dia­lo­guer, oser dire ses inquié­tu­des, choi­sir le moment pour en par­ler en dehors des moments éro­ti­ques, avant, après.

Faire l’amour est avant tout le domaine des sens : la vue, l’odo­rat, le goût, le tou­cher et l’ouïe. C’est une grande aven­ture sen­so­rielle, un jeu de pis­tes pour met­tre deux corps au dia­pa­son, en accord. Il s’agit bien de les lais­ser par­ler ! 

On a trop sou­vent affirmé que les hom­mes auraient un odo­rat moins déve­loppé que les fem­mes. Ce serait une des rai­sons pour les­quel­les ils tien­draient moins compte des odeurs, qu’ils iraient bien faire l’amour à n’importe quelle heure du jour et de la nuit… qu’ils ne sont jamais dégou­tés… le thème « nature et décou­verte » de l’homme/ani­mal… C’est une vision hypo­crite. Si l’homme veut tou­jours faire l’amour, notam­ment la péné­tra­tion, c’est aussi parce qu’il est à peu près sûr d’avoir suf­fi­sam­ment de plai­sir de cet acte-là. Et qu’il espère aussi en don­ner tout autant à sa ou son par­te­naire, sin­cè­re­ment. L’odeur de l’autre dans les moments de plai­sir est alors asso­ciée, gra­vée dans le sou­ve­nir, et ne peut-être dans son pro­pre regis­tre du dégoût.

L’éven­tail de pro­duits sur le mar­ché aujourd’hui per­met de remé­dier même à un soup­çon d’odeur désa­gréa­ble, à tout moment. Il s’agit d’un … Jusqu’aux lubri­fiants par­fu­més la ques­tion de savoir ce que l’on pré­fère peut être posée sans gêne. Après tout, les goûts et les cou­leurs, ça ne se dis­cute pas !

© Manon Bes­taux, sexo­lo­gue, pour Secrète Arlette